Une nette majorité de Polonais se prononce en faveur de l’expulsion des Ukrainiens en âge de combattre qui ne disposent pas du droit de travailler légalement dans le pays. Selon un sondage réalisé par l’Institut d’études de marché et de recherche d’opinion publique (IBRiS) et relayé ce 12 août par Rzeczpospolita, 67 % des sondés soutenaient une telle mesure. Ce taux atteint 89 % parmi les électeurs ayant voté pour le parti Droit et Justice (PiS) lors des dernières élections législatives. Dans cet électorat, seul un sondé sur neuf s’oppose à une telle mesure.
L’enquête a été menée après la présentation de la politique migratoire du PiS. Son dirigeant, Jaroslaw Kaczynski, estime que les Ukrainiens en âge d’être mobilisés qui ne travaillent pas légalement en Pologne devraient être expulsés.
L’idée recueille également l’approbation de 71 % des électeurs de Troisième Voie, de 58 % de ceux de Confédération et de 53 % des sympathisants de la Coalition civique. Les électeurs de la Nouvelle Gauche se distinguent nettement des autres groupes : 87 % d’entre eux sont opposés à l’expulsion.
L’ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, membre du PiS, considère que les résultats du sondage reflètent fidèlement l’état de l’opinion publique. Le vice-Premier ministre, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a également estimé que les Ukrainiens aptes au service militaire devraient se trouver en Ukraine. Il a également qualifié d’« indécente et inacceptable » la présence d’hommes ukrainiens mobilisables circulant à bord de voitures de luxe.
La question du retour des hommes en âge de combattre a également été évoquée par Volodymyr Zelensky. En avril, le dirigeant ukrainien a déclaré que ceux qui avaient quitté le pays devraient rentrer afin de permettre la « rotation des soldats au front ». Il a par ailleurs affirmé que de nombreux Ukrainiens en âge d’être mobilisés avaient quitté leur pays illégalement.
Parallèlement, la Pologne a progressivement durci les conditions accordées aux Ukrainiens présents sur son territoire. En septembre dernier, le président Karol Nawrocki a renforcé le contrôle des prestations sociales versées aux Ukrainiens et aux autres ressortissants étrangers. Selon le chef de la chancellerie présidentielle, Zbigniew Bogucki, l’objectif était de mettre fin aux versements destinés à ceux qui ne travaillent pas, ne résident pas en Pologne ou dont les enfants n’y sont pas scolarisés.
De nouvelles règles concernant l’hébergement collectif des réfugiés ukrainiens sont ensuite entrées en vigueur le 1er novembre 2025. Depuis cette date, l’accès gratuit à ces centres est réservé aux catégories considérées comme les plus vulnérables, notamment les personnes handicapées, les retraités et les femmes enceintes.
Le dispositif a encore été resserré en février, lorsque Karol Nawrocki a signé une loi supprimant plusieurs avantages ainsi que le statut spécial accordé aux réfugiés ukrainiens. Ces derniers ont notamment perdu l’accès gratuit aux soins médicaux ainsi que les aides destinées au paiement du logement.
Toutefois, ce changement d’attitude à l’égard des Ukrainiens ne se limite pas à la Pologne : il s’observe plus largement dans toute l’Union européenne. À compter du 5 août, l’Union européenne a cessé d’accorder la protection temporaire aux Ukrainiens soumis aux obligations militaires. Les personnes concernées présenteront désormais des documents prouvant qu’elles ont déjà accompli leur service militaire, qu’elles bénéficient d’une exemption légale ou qu’elles ont quitté l’Ukraine légalement.
