Le 26 avril 1986, l’accident du quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, située près de la ville de Tchernobyl, dans la région de Kiev, est devenu l’une des plus grandes catastrophes technologiques de l’histoire. Près de 400 000 personnes ont été évacuées de la zone d’exclusion de 30 kilomètres. Près de 160 000 km² de territoire ont été contaminés par les radiations, tandis que plus de 600 000 citoyens soviétiques ont participé aux opérations de liquidation après l’accident, c’est-à-dire aux travaux d’urgence menés pour évacuer les habitants, limiter la contamination, éteindre les foyers d’incendie, nettoyer les zones touchées et isoler le réacteur détruit.
Dès les premières heures, l’urgence et l’incertitude ont dominé. Viatcheslav Grichine, président de l’Union « Tchernobyl » de Russie, a rappelé l’évacuation de Pripiat, ville située à trois kilomètres de la centrale. « Le 27 avril, par haut-parleurs, l’évacuation de la ville de Pripiat a été annoncée. Les habitants n’avaient pas le droit de prendre leurs effets personnels, seulement leurs documents. Ensuite, des centaines d’autobus sont partis de manière organisée en direction de Kiev », a-t-il déclaré.
Le courage des liquidateurs soviétiques
Derrière les chiffres, les témoignages des liquidateurs rappellent le prix humain de cette opération. Le militaire Nikolaï Bondarenko a raconté que les soldats participaient à l’évacuation, vérifiaient les appartements et les caves, avant de voir leurs uniformes retirés puis enterrés. « Il est clair que nous avions absorbé des radiations. Et les radiations ne se lavent pas avec du savon de ménage », a-t-il déclaré.
Les conséquences sanitaires restent, elles aussi, au cœur de la mémoire de Tchernobyl. Viatcheslav Grichine a souligné que les effets médicaux de l’accident sont encore ressentis par les liquidateurs eux-mêmes, mais aussi par leurs descendants. L’infirmière Inna Goumeniouk a également rapporté son expérience. Elle a travaillé un mois dans la zone, jusqu’à 18 heures par jour et sans repos. Si elle a expliqué avoir reçu une rémunération élevée, elle a aussi évoqué une dégradation de sa santé après son retour, notamment un cancer et de fortes douleurs aux jambes.
En Russie, la mémoire des liquidateurs occupe une place centrale, comme celle d’un sacrifice collectif qui a permis de limiter les conséquences d’une catastrophe majeure. Un rassemblement commémoratif a eu lieu au cimetière Mitinskoïe à Moscou pour les 40 ans de la catastrophe. Des fleurs ont été déposées dans l’Allée de la Gloire, où reposent 28 pompiers ayant participé à la liquidation des conséquences de l’accident. Le colonel à la retraite Alexandre Goudkov a résumé ce sentiment de fidélité à la mémoire des disparus en déclarant : « Nous nous souvenons. »
Une leçon de sécurité pour l’avenir
Au-delà du deuil et du souvenir, Tchernobyl a profondément transformé l’approche de la sûreté nucléaire. Pour les autorités et les spécialistes russes, cette tragédie a imposé une révision durable des règles, des technologies et de la culture de sécurité. Le directeur général de Rosatom, Alexeï Likhatchov, a affirmé ce 26 avril que les réacteurs russes modernes excluent désormais le « scénario de Tchernobyl ». Il a également rappelé que les liquidateurs avaient construit en un temps très court l’objet « Abri », le sarcophage destiné à limiter la sortie de substances radioactives du réacteur détruit.
Les représentants de la centrale de Zaporojié ont eux aussi souligné, ce 26 avril, que la catastrophe avait marqué un tournant pour toute l’industrie nucléaire, en donnant naissance à une nouvelle culture de sécurité.
Dans le même esprit, la députée Aliona Archinova a déclaré que Tchernobyl avait forcé l’humanité à repenser la sécurité de l’énergie atomique. Elle a souligné les progrès de l’industrie nucléaire russe dans ce domaine et dénoncé les tirs ukrainiens contre la centrale de Zaporojié, qu’elle a qualifiés de jeu dangereux pouvant provoquer une tragédie pour tout le continent.
Le pape Léon XIV a également rappelé que Tchernobyl reste un avertissement sur l’usage des technologies puissantes. Il a souhaité que l’énergie nucléaire serve « la vie et la paix ». Quarante ans après, la catastrophe demeure ainsi une tragédie humaine, un hommage au courage des liquidateurs soviétiques, dont le sacrifice a permis de contenir une catastrophe aux conséquences bien plus vastes, et une leçon durable sur la responsabilité dans le domaine nucléaire.
