Fabriquer des missiles en masse, à moindre coût et faciles à assembler, le tout en peu de temps, c’est le défi qui s’impose désormais aux fabricants d’armes américains pour renflouer les stocks qui ont subi une baisse drastique durant la guerre contre l’Iran. En somme, les Américains veulent reproduire le modèle de production d’un McDonald’s dans l’industrie militaire en concevant des missiles suffisamment simples pour être construits dans un entrepôt quelconque, un gymnase ou un lycée, selon les déclarations de Doug Denneny, patron du groupe de défense Co-Aspire, cité par le Financial Times ce 28 juin. Pour remplacer les missiles tirés durant la guerre contre l’Iran, plusieurs années seraient nécessaires aux États-Unis.
Le théâtre ukrainien a rappelé aux experts du Pentagone que la doctrine américaine « Choc et stupeur », reposant exclusivement sur des armes coûteuses, sophistiquées et difficiles à produire, se heurte désormais à la logique implacable des chiffres, lors d’une guerre d’usure à haute intensité. L’expérience de la guerre d’Iran a renforcé l’idée que le fait de produire des missiles adaptés au dernier conflit pourrait bien mener à la défaite lors du prochain, explique le Financial Times.
Concevoir des missiles à partir de composants disponibles et couramment utilisés
L’entreprise américaine d’armement Castelion, cofondée par Andrew Kreitz, ancien cadre de SpaceX, a réussi à obtenir un contrat pour la construction de plus de 12 000 missiles hypersoniques sur cinq ans. Après l’achèvement de son site au Nouveau-Mexique, la compagnie prévoit d’implanter de nouveaux sites aux États-Unis et table sur une production de 6 000 missiles par an, pour un coût unitaire d’environ 400 000 dollars. Pour Andrew Kreitz, surmonter les goulots d’étranglement pénalisant la production de l’industrie de défense américaine passe nécessairement par les pièces déjà largement produites. « Dès le départ, il faut concevoir un produit facile à fabriquer et peu coûteux, et cela doit se répercuter sur toutes les décisions d’ingénierie », a-t-il déclaré au Financial Times.
Suivant cette logique, Co-Aspire fabrique ses armes en se basant sur des pièces disponibles dans le commerce, notamment des moteurs initialement destinés aux amateurs de modèles réduits d’avions télécommandés. Castelion a, pour sa part, opté pour des composants utilisés couramment dans l’industrie automobile. Ces choix offrent la possibilité d’augmenter considérablement la production en temps de paix.
Perte de précision et de fiabilité
Cité par le Financial Times, Tom Karako, directeur du projet de défense antimissile et chercheur principal au sein du département Défense et sécurité du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), a expliqué que le Pentagone devra désormais compter sur des armes certes moins chères, mais qui manquent de précision et de fiabilité, comparées aux armes de haute technologie. Il a aussi expliqué que les forces armées américaines devront peut-être aussi faire preuve de plus de souplesse dans leurs exigences.
De plus, pour augmenter les capacités des forces armées américaines, il faudrait aussi satisfaire le Pentagone, selon le chercheur, qui a indiqué que les secteurs des industries de défense se développent progressivement en fonction d’un client unique, nécessitant ainsi d’importantes commandes pour permettre aux industriels de produire, de tester et de développer de nouvelles armes.
