Les fonds secrets du renseignement français sont dans le viseur du Parlement. Dans un rapport confidentiel — et sur lequel Le Point a visiblement mis la main — quatre élus habilités au secret-défense pointent « l’insincérité budgétaire » du gouvernement, dénonçant un décalage persistant entre les montants votés et les sommes réellement utilisées. Des fonds qui, précise l’hebdomadaire, servent à financer des opérations clandestines, rémunérer des sources ou acquérir du matériel « sans que le vendeur sache que l’acquéreur est en réalité l’État français ».
Chargée de contrôler ces crédits sensibles, la Commission de vérification des fonds spéciaux — composée de deux députés et deux sénateurs — a examiné l’usage de ces enveloppes au sein de la DGSE, de la DGSI, du Commandement des opérations spéciales, des douanes ou encore du renseignement pénitentiaire, en France et à l’étranger. L’hebdomadaire révèle ainsi que les parlementaires ont effectué « trois grosses missions de terrain : l’une en Pologne et en Lettonie, une autre dans un pays dont le nom et la localisation relèvent du secret de la défense nationale ».
Dans un premier temps, les parlementaires saluent la « maturité » et le « cadre de gestion rigoureux » entourant l’emploi de ces fonds. Puis, ils notent que l’usage du numéraire est de plus en plus difficile, car « les transactions en espèces attirent l’attention au lieu de garantir la discrétion », et demandent aux services recourant aux cryptomonnaies d’être vigilants sur les plateformes utilisées.
Des fonds spéciaux « systématiquement sous-évalués »
Le ton est bien moins élogieux concernant le gouvernement. Dans leur rapport, les parlementaires dénoncent ainsi « l’insincérité manifeste du montant des fonds spéciaux inscrits en loi de finances initiale, au programme budgétaire 129 ». Une tendance qui, selon eux, « se confirme et s’amplifie au fil du temps ». Officiellement, ces crédits s’élèvent à environ 70 millions d’euros, alors qu’ils dépassent en réalité les 100 millions et — résume Le Point — « sont en hausse constante », évoquant des fonds « systématiquement sous-évalués ».
Pour combler ce « trou », des ajustements sont opérés en cours d’année. La commission « appelle à un resoclage autour de 100 millions d’euros du montant des fonds inscrits en loi de finances initiale », cite le média français, afin de mettre fin à ces pratiques, alors même que les budgets globaux du renseignement sont en hausse.
Les conséquences seraient déjà visibles. Le rapport évoque ainsi un « niveau plancher préoccupant » de trésorerie atteint fin 2024 dans plusieurs services. Les réserves accumulées, longtemps utilisées comme variable d’ajustement, sont désormais épuisées. Les parlementaires préviennent que cette situation pourrait « potentiellement compromettre la continuité de l’activité opérationnelle des services ».
Pour le député apparenté PS, Aurélien Rousseau, président de la commission, l’enjeu dépasse ces montants : « Les services de renseignement ont besoin de ces fonds spéciaux et, avec la situation géopolitique, leurs besoins sont de plus en plus importants. Mais c’est justement parce que la destination finale de cet argent doit rester clandestine que, sans trahir de secrets, leur montant doit refléter la réalité. C’est une question de loyauté démocratique. »
