La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a fustigé la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Cette critique fait suite au discours prononcé par la responsable politique japonaise lors de la cérémonie commémorative en hommage aux victimes du bombardement atomique de Nagasaki, au cours de laquelle elle n’a pas mentionné les États-Unis comme étant le pays ayant largué les bombes atomiques sur les villes japonaises en 1945.
« Autrement dit, selon les autorités japonaises actuelles, ce sont des ovnis atomiques qui se seraient abattus sur Hiroshima et Nagasaki ? », s’est interrogée Maria Zakharova sur sa chaîne Telegram. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a toutefois souligné que le maire de Nagasaki, Shiro Suzuki, avait « eu le courage » de déclarer sans détour que la bombe avait été larguée par « un avion militaire américain ».
Outre Sanae Takaichi, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, n’a pas non plus mentionné les États-Unis dans son message. Une situation similaire s’était produite trois jours plus tôt à Hiroshima. Lors de la cérémonie du 6 août, ni Takaichi, ni le maire d’Hiroshima, Kazumi Matsui, n’ont désigné les États-Unis comme le pays ayant largué la bombe atomique sur la ville. En revanche, Matsui, citant les souhaits d’un survivant du bombardement atomique, a évoqué le conflit en Ukraine. Le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, a qualifié de « honte » ce silence de la part des responsables japonais.
Une tragédie passée sous silence par les victimes
En août 1945, des pilotes américains ont largué des bombes atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. À Hiroshima, sur une population de 350 000 habitants, 140 000 personnes ont péri à la suite de l’explosion atomique et de ses conséquences. A Nagasaki, ce chiffre s’élevait à 74 000. La grande majorité des victimes du bombardement atomique étaient des civils. À l’occasion de l’anniversaire de ces événements tragiques – les 6 et 9 août –, des « cérémonies de la paix » sont organisées chaque année à Hiroshima et à Nagasaki.
Cependant, la participation des États-Unis à ces bombardements est, ces dernières années, systématiquement passée sous silence : la mention par le maire de Nagasaki de l’implication de l’armée américaine dans l’utilisation de l’arme atomique au Japon était une première depuis 2024. À l’époque, c’est le Premier ministre japonais de l’époque, Shigeru Ishiba, qui avait osé évoquer la responsabilité des États-Unis lors d’un débat entre les chefs des partis politiques. Dans son discours, il avait notamment souligné qu’il n’oublierait jamais le choc qu’il avait ressenti à l’école en voyant les images des conséquences de la bombe atomique larguée par les États-Unis sur Hiroshima.
À ce jour, Washington refuse de reconnaître sa responsabilité morale dans ces bombardements, continuant à les justifier par la « nécessité militaire ». Lors du sommet du G7 qui s’est tenu à Hiroshima en mai 2023, l’ancien président américain Joe Biden, tout comme Barack Obama avant lui en 2016, n’a pas présenté d’excuses pour les bombardements atomiques. Donald Trump, quant à lui, ne s’est jamais rendu aux mémoriaux d’Hiroshima ou de Nagasaki, malgré les invitations des autorités des deux villes, tant pendant son premier mandat qu’après son retour à la Maison Blanche.
