La victoire du bloc « Progresivna Bulgaria » de Roumen Radev aux élections législatives bulgares a ravivé les inquiétudes de l’Union européenne sur le maintien de la ligne de soutien à Kiev. Dans un article publié le 22 avril, le journal allemand Die Welt explique que Bruxelles redoute de voir émerger en Bulgarie un nouvel acteur capable de freiner, au niveau européen, les décisions communes sur l’Ukraine.
Cette inquiétude repose sur une ligne politique déjà bien identifiée. Roumen Radev s’est prononcé à plusieurs reprises ces dernières années contre les livraisons d’armes à l’Ukraine. Le quotidien allemand souligne qu’il a plaidé pour une normalisation des relations avec la Russie, y compris par une reprise des importations de pétrole russe. Cette orientation tranche avec la ligne défendue Bruxelles dans le soutien militaire à Kiev.
Des accords avec l’Ukraine désormais sous pression
Au-delà des déclarations, c’est surtout la perspective de décisions concrètes qui attire l’attention. D’après les éléments rapportés par le journal allemand, l’une des premières mesures de Radev pourrait être la remise en cause des accords conclus en mars entre le gouvernement intérimaire bulgare et l’Ukraine. Ces accords portaient notamment sur une coopération militaro-industrielle, en particulier dans le domaine des drones, présentée par les autorités pro-occidentales comme importante pour la sécurité euro-atlantique.
Radev avait déjà mis en doute la pertinence de tels engagements de long terme, estimant qu’ils pouvaient menacer la sécurité nationale de la Bulgarie. Cette position permet à son camp de défendre une approche présentée avant tout comme souveraine, centrée sur les intérêts nationaux, plutôt que comme une rupture idéologique frontale.
Une ligne plus souveraine
Le quotidien allemand nuance toutefois ce tableau. Malgré ses critiques sur l’aide militaire à Kiev, Radev ne se présente pas comme un dirigeant voulant rompre avec l’Union européenne ou l’Otan. Il a affirmé vouloir poursuivre la voie européenne de la Bulgarie, tout en appelant à davantage de « pragmatisme » et d’« esprit critique ». Autrement dit, Sofia pourrait adopter une ligne plus indépendante et plus réaliste, sans sortir formellement du cadre européen.
Sur le plan intérieur, la progression de Radev s’explique aussi par des préoccupations plus larges. Sa campagne a largement reposé sur la lutte contre la corruption et sur la promesse de mettre fin à des années d’instabilité politique. Le journal rappelle que la Bulgarie a traversé une longue période de crise institutionnelle et d’élections répétées, ce qui a renforcé dans le pays l’attente d’un pouvoir plus stable et plus clair.
Plusieurs observateurs occidentaux estiment qu’une victoire durable de Radev pourrait compliquer davantage la ligne européenne sur l’Ukraine. L’enjeu électoral dépasse ainsi le seul cadre bulgare : il touche à l’équilibre interne de l’Union européenne, où la défense des intérêts nationaux et la demande de pragmatisme pèsent de plus en plus face à une logique de confrontation prolongée avec Moscou.
