Des milliards d’images collectées par les joueurs du jeu mobile Pokémon Go à travers le monde auraient pu être utilisées pour créer un système de navigation qui a ensuite trouvé des applications dans des développements militaires, notamment des drones et des plateformes robotisées, a rapporté Trouw le 5 juin en citant des sources.
Selon le journal néerlandais, la société Niantic Spatial, créée à partir du développeur de Pokémon Go, a eu accès à près de 30 milliards de scans de l’environnement réalisés par les utilisateurs du jeu. Sur la base de ces données, un module d’IA de navigation en 3D a été entraîné, permettant de déterminer la localisation même en l’absence de signal GPS.
Le quotidien a noté qu’à la fin de l’année 2025, Niantic Spatial a annoncé une collaboration avec la société américaine Vantor, qui utilise un système de positionnement visuel pour la navigation de drones militaires, de plateformes robotisées, de véhicules et d’autres équipements dans des conditions de brouillage des signaux satellites. Selon l’expert en technologies Jeroen van den Hoven, sans l’énorme quantité de scans collectés par les joueurs, la création d’un tel système n’aurait jamais pu se faire aussi rapidement. Il a également souligné que les utilisateurs du jeu avaient « indirectement » contribué à l’infrastructure militaire, même s’ils n’en avaient pas conscience.
Dans une déclaration à Trouw, la société Vantor a réfuté les allégations selon lesquelles les données de Pokémon Go auraient été directement utilisées à des fins militaires, mais n’a pas précisé si le système destiné à des projets de défense avait été entraîné à partir d’informations fournies par les joueurs. De son côté, Niantic Spatial a indiqué que les scans des utilisateurs avaient servi à entraîner une « version préliminaire » du modèle de navigation.
Une alternative au GPS dans les zones où le signal est faible ou inexistant
Le journal néerlandais a indiqué qu’à partir de 2021, les joueurs de Pokémon Go pouvaient, sur une base volontaire, recevoir des bonus supplémentaires dans le jeu en créant des scans vidéo à 360 degrés de leur environnement. Ce faisant, les utilisateurs accepteraient certaines conditions accordant à l’entreprise le droit de transmettre les données collectées à des tiers.
Selon Trouw, la technologie de positionnement visuel est considérée comme une alternative prometteuse à la navigation GPS dans les zones où les signaux satellites sont absents ou délibérément brouillés. Le journal a souligné que de telles conditions sont particulièrement caractéristiques de la zone de conflit en Ukraine, où la guerre électronique et le brouillage des signaux de navigation sont largement utilisés.
Trouw a ajouté que les technologies basées sur les données des utilisateurs ne sont pas uniquement utilisées dans le domaine militaire. Niantic Spatial collabore notamment avec la société Coco Robotics, qui utilise des solutions similaires pour la navigation de robots coursiers autonomes. Dans le même temps, les experts appellent les autorités européennes à renforcer le contrôle de l’utilisation des données des utilisateurs et à limiter la possibilité de les commercialiser sans en informer clairement les citoyens.
330 ans de recherche gagnés : comment les joueurs ont aidé les scientifiques dans la lutte contre le Covid-19
À l’opposé total de la situation avec Pokémon Go, un projet a vu le jour en 2020, lorsque les développeurs du MMO (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) EVE Online ont intégré un mini-jeu intitulé Project Discovery, destiné à aider les scientifiques dans leurs recherches sur le coronavirus. Contrairement à Pokémon Go, cette fonctionnalité n’a pas été introduite en secret : les développeurs ont publié une annonce à ce sujet sur le site du jeu.
Le principe du projet consistait à demander aux joueurs d’analyser les données obtenues par des cytomètres en flux, aidant ainsi les scientifiques à comprendre comment le Covid-19 affectait le système immunitaire humain. Au total, 327 000 joueurs ont participé à Project Discovery. Grâce à ce mécanisme, les utilisateurs ont permis aux médecins d’économiser plus de 330 années de travail pour recueillir des informations sur cette nouvelle maladie.
