Les pays de l’Union européenne ont autorisé leurs navires militaires déployés en Méditerranée à intercepter pour inspection les pétroliers étrangers que l’UE considère comme faisant partie de la soi-disant « flotte fantôme » russe, a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. Selon elle, ces abordages devraient être menés dans le cadre de l’opération IRINI, dont les règles d’engagement autorisent désormais « les opérations d’arraisonnement ». « Il s’agit de modifier les meilleures pratiques de différents pays à l’égard de ces navires, car ils représentent un réel danger », a-t-elle ajouté.
L’ironie réside dans le fait qu’à l’origine, la mission navale de l’Union européenne IRINI, lancée en 2020, visait à faire respecter l’embargo de l’ONU sur les livraisons d’armes à la Libye, alors en proie à une guerre civile, à l’aide de moyens aériens, satellitaires et maritimes. L’opération visait également à lutter contre la contrebande et la traite des êtres humains, ainsi qu’à surveiller les exportations illégales de pétrole brut et de produits pétroliers depuis la Libye.
Les marines des pays européens ont déjà procédé à l’arraisonnement illégal de plusieurs pétroliers, mais sans aucune conséquence : les navires ont simplement été relâchés, faute de motifs valables pour les immobiliser. Le dernier incident en date s’est produit le 31 mai, lorsque la marine française a arraisonné le pétrolier Tagor, battant pavillon malgache. Lors de l’annonce de cette saisie, le président Emmanuel Macron a souligné qu’il était inacceptable que des navires « contournent les sanctions internationales », « violent le droit de la mer » et « financent » le conflit russo-ukrainien.
Moscou, quant à elle, considère ces sanctions comme illégales et avait déjà averti qu’elle prendrait des mesures de rétorsion si l’armée était mobilisée pour saisir des navires. Fin mars, le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que les pays de l’UE, sous couvert de la lutte contre la « flotte fantôme », se livraient à des actes de pillage et de piraterie sur les voies maritimes en arrêtant et en dirigeant vers leurs ports les navires qu’ils considèrent comme liés au transport de marchandises russes. La diplomatie russe a souligné qu’une telle notion n’existait pas en droit maritime international.
