Un rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW), intitulé « Nous sommes des civils ! », publié ce 14 mai, a dénoncé de graves violations du droit international humanitaire et d’éventuels crimes de guerre perpétrés par le groupe armé M23 et les forces rwandaises lors de la prise et de l’occupation, le 10 décembre 2025, de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), quelques jours seulement après la signature de l’accord de paix à Washington entre la RDC et le Rwanda.
L’organisation s’est appuyée sur les témoignages de 120 survivants et témoins des abus, ainsi que sur ceux de proches des victimes, entre autres sources, pour conclure à « des meurtres illégaux, des exécutions sommaires, des viols et autres violences sexuelles, des enlèvements et du recrutement forcé de civils pendant l’occupation » de la ville d’Uvira par les rebelles du M23 et les forces rwandaises. L’offensive avait également provoqué le déplacement de milliers de personnes.
Plusieurs enlèvements et des dizaines de meurtres illégaux documentés
Cités par HRW, les témoignages des habitants d’Uvira font état de fouilles systématiques dans les quartiers de Kasenga et Rugenge. L’organisation a documenté 62 cas d’exécutions sommaires et de meurtres illégaux visant 54 hommes, 2 femmes, 5 garçons et une fille, accusés, selon les témoins, d’entretenir des liens présumés avec les milices Wazalendo. Ces éléments « suggèrent fortement une tentative organisée et coordonnée de l’armée rwandaise et du M23 pour identifier et arrêter ou tuer les hommes et les garçons soupçonnés d’être des miliciens », souligne le rapport.
Des cas d’enlèvements d’hommes et de garçons ont également été signalés, « souvent à proximité de bases militaires à Uvira, sans qu’un lien entre ces individus et les Wazalendo ait été établi ». L’ONG estime que certaines de ces personnes auraient probablement été recrutées de force par le M23 ou victimes de disparition forcée.
Des violences sexuelles commises sous la menace des armes
Les combattants du M23 et des soldats rwandais auraient également commis des viols et d’autres violences sexuelles contre des femmes, selon les témoignages recueillis par HRW. Les victimes ont décrit des agressions commises sous la menace d’armes à leur domicile ou dans des champs où elles cherchaient de la nourriture. L’organisation rapporte également que des membres des familles des victimes ayant tenté de s’interposer ont été agressés ou tués.
HRW a par ailleurs alerté sur la situation des survivantes privées de soins essentiels, notamment de prophylaxie post-exposition (PEP), administrée pour prévenir les infections au VIH et les grossesses involontaires après les viols.
Appel à des enquêtes indépendantes
Pointant l’implication présumée de commandants du M23 et de responsables militaires rwandais dans d’éventuels crimes de guerre, HRW a lancé un appel urgent à l’ouverture « d’enquêtes crédibles et indépendantes » ainsi qu’à une reddition de comptes pour les abus commis. L’organisation avertit que l’impunité pourrait exposer de nouveau les civils de l’est de la RDC et d’autres régions à de graves violations.
