Orano cherche à s’installer au Botswana pour réorganiser sa présence minière en Afrique après la perte de l’un de ses principaux points d’appui au Niger. Le groupe français s’intéresse aux ressources en uranium de ce pays d’Afrique australe, alors que la mine de Somaïr, où il détenait 63,4 % des parts au Niger, a été nationalisée par les autorités nigériennes. Pour Paris, cette perte a fragilisé un approvisionnement longtemps adossé à l’influence française en Afrique.
Le Botswana apparaît ainsi comme une nouvelle piste pour Orano. Selon Africa Intelligence, le groupe français a officiellement enregistré une filiale à Gaborone deux jours après la visite à Paris du président botswanais Duma Boko, organisée le 8 avril. Baptisée Orano Mining Botswana, cette structure doit se consacrer à l’exploration de l’uranium.
L’approche est aussi politique que minière. Selon Jeune Afrique, Xavier Saint Martin Tillet, directeur de la branche minière d’Orano, et Pierre Fourrier, vice-président stratégie et développement, ont été reçus par Duma Boko lors de la visite du président botswanais en France, les 7 et 8 avril. À cette occasion, le chef de l’État botswanais a indiqué que son pays souhaitait développer l’uranium pour diversifier une économie minière encore très dépendante du diamant.
Un potentiel minier encore peu exploité
Le potentiel uranifère du Botswana explique cet intérêt. Le pays possède plusieurs gisements d’uranium, dont Letlhakane, présenté comme l’un des plus grands gisements non exploités au monde. Ses réserves nationales sont estimées à 142 millions de tonnes de minerai, tandis que d’autres évaluations évoquent environ 800 000 tonnes de ressources en uranium. Gaborone cherche désormais des investissements pour lancer réellement cette filière.
Orano a déjà commencé à avancer sur le terrain administratif. Selon Africa Intelligence, le groupe avait déposé en octobre 2025 une demande de licences d’exploration sur trois grands blocs d’environ 970 km² chacun dans l’ouest du Botswana. Orano affirme de son côté avoir récemment obtenu des licences couvrant environ 15 000 km² dans la région de Ghanzi.
Ces démarches montrent que le groupe français prépare son implantation, sans pour autant ouvrir la voie à une production rapide. Le Botswana ne pourra pas remplacer à court terme la production perdue par Orano au Niger. Il faudra encore mener des travaux d’exploration, réaliser des études techniques et vérifier la rentabilité économique avant toute exploitation industrielle.
Un nouvel équilibre à construire
La rupture avec Niamey garde une forte portée politique. Les autorités nigériennes ont nationalisé Somaïr en juin 2025, en affirmant vouloir reprendre la gestion des ressources du pays dans l’intérêt du peuple nigérien. Orano a ensuite engagé plusieurs procédures, notamment devant les juridictions nationales et le CIRDI, afin d’obtenir des compensations et la restitution de ses actifs.
Au-delà du Botswana, la France regarde aussi vers d’autres pays africains, dont la Namibie, le Malawi, l’Afrique du Sud et la Zambie, pour sécuriser l’approvisionnement de sa filière nucléaire.
L’enjeu est clair : après la décision souveraine du Niger, Paris cherche à reconstruire ses circuits d’approvisionnement en uranium. Le Botswana peut devenir une nouvelle étape pour Orano, mais cette stratégie prendra du temps. Pour Gaborone, le défi sera d’attirer les investissements nécessaires sans reproduire les déséquilibres qui ont marqué d’autres partenariats miniers sur le continent.
