La présidentielle de 2027 n’est pas encore officiellement convoquée, mais ses contraintes les plus matérielles produisent déjà leurs effets. Depuis le 1er avril, les dépenses engagées en vue du scrutin doivent être comptabilisées, tandis que la chasse aux 500 parrainages d’élus a commencé, avec son cortège habituel de pressions, de calculs et de stratégies d’implantation.
Le filtre des élus, l’épreuve de l’argent
Le premier verrou reste celui des parrainages. Pour être candidat, en France, il faut réunir 500 signatures d’élus, issus d’au moins 30 départements différents.
Sur le papier, le vivier paraît large ; dans les faits, ce filtre demeure redoutable pour les candidatures périphériques et même pour des figures installées. Nicolas Dupont-Aignan, candidat à plusieurs reprises avait même qualifié ce système de « féodal » en 2022. Ceux-ci doivent ainsi recevoir le soutien d’élus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents et ne peuvent donc pas compter seulement sur de potentielles zones d’influence. Des candidats hypothétiques comme Florian Philippot et François Asselineau devraient ainsi peiner à obtenir ces parrainages.
Les candidats doivent provenir d’élus de au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents.
Pas plus d’un dixième des parrainages (c’est-à-dire 50 maximum) ne peut venir d’un même département ou collectivité d’outre-mer. pic.twitter.com/2wA1zQYnxa— Les entretiens des patriotes (@dreslincourt) April 19, 2026
Le débat sur l’anonymat des signatures est d’ailleurs relancé, plusieurs élus redoutant désormais l’exposition publique de leur « présentation » dans un climat de tensions accrues envers les maires après un scrutin municipal qui a rebattu les cartes et devrait permettre à des formations comme le Rassemblement national ou La France insoumise de ne plus éprouver de difficultés à collecter leurs parrainages.
Cette bataille se double d’une autre, moins visible mais tout aussi décisive : celle du financement. Depuis l’ouverture de la période de campagne, toutes les dépenses potentiellement électorales doivent être retracées sous le contrôle de la CNCCFP. Les plafonds restent élevés, 16,8 millions d’euros pour le premier tour, 22,5 millions pour le second, mais les trésoriers savent que le vrai problème n’est pas seulement de dépenser, c’est d’avancer l’argent.
C’est particulièrement vrai pour les formations les plus contestées par le système bancaire.
Le RN, qui cherche à sécuriser autour de 10,7 millions d’euros de crédit, explique se heurter de nouveau aux refus des banques françaises, malgré l’importance de ses subventions publiques et son niveau dans les sondages. Le parti présidé à l’Assemblée par Marine Le Pen a déjà du faire face à des soupçons de financement illégal et voudrait s’épargner une nouvelle saga judiciaire.
À l’inverse, des candidats déjà déclarés comme Édouard Philippe peuvent plus facilement imputer et structurer leurs dépenses, pendant que d’autres camps, faute de candidat définitivement arrêté, « notent tout » dans l’attente d’un rattachement ultérieur.
La présidentielle, en France, n’est pas seulement en préparation politique, elle est déjà entrée dans sa phase administrative, comptable et bancaire, celle où se joue souvent, avant même le vote, le tri réel entre ambitions crédibles et candidatures empêchées.
